Il y a quelque temps, une « copine » avec qui je parlais m’a dit de but en blanc que j’avais de la chance, de pouvoir rester à la maison en touchant une allocation. Le pire, elle m’a même demandé (c’est véridique), comment on fait pour être handicapé pour ne pas payer la redevance télé ?

Sur le coup j’étais tellement soufflée, que je n’ai pas su quoi dire, si ce n’est un truc du genre « pense ce que tu veux ».

Alors, aujourd’hui j’écris ce que j’aurais voulu, ce que j’aurais aimé et surtout ce que j’aurais dû lui dire.

Oui j’ai de la chance, d’avoir une maladie invalidante.

J’ai de la chance de souffrir, je dis bien souffrir et pas avoir un petit bobo.

J’ai de la chance d’avoir des douleurs dans tout mon corps, qui ne me lâchent jamais, même pas quand je dors.

J’ai de la chance d’être fatiguée comme si je n’avais pas dormi depuis des mois.

J’ai de la chance de ne plus pouvoir travailler et donc de ne pas pouvoir toucher un salaire. De ne pas avoir de collègues de travail, de gens avec qui parler à la pause café. De ne pas pouvoir entendre Suzanne me parler de ses enfants, ni entendre les blagues parfois graveleuses de Didier.

J’ai de la chance de toucher une allocation dont le montant est en dessous du seuil de pauvreté.

J’ai de la chance de ne pas pouvoir faire mon ménage et de laisser la poussière s’entasser partout.

J’ai de la chance d’avoir des jours où je ne peux même pas me laver.

J’ai de la chance de ne plus avoir de loisirs.

J’ai de la chance de ne plus pouvoir me promener.

J’ai de la chance que tout ce que je dois faire devient un calvaire.

J’ai de la chance de devoir tout gérer en fonction de ma fibromyalgie.

J’ai de la chance de ne pas pouvoir aller voir le peu d’amis qui me reste, parce que ça me fatigue trop.

J’ai de la chance de me faire rejeter par manque de compréhension.

J’ai de la chance de me faire traiter de fainéante, et d’entendre à longueur de temps qu’il suffit que je prenne un peu sur moi.

J’ai de la chance en fait de ne plus avoir de vie, si ce n’est celle de la souffrance et de la fatigue.

Puisque tu penses que j’ai tellement de chance, il ne faut pas être égoïste dans la vie, donc je te propose de la partager avec toi. Mieux encore, je t’offre mon handicap et tout ce qui va avec. Et moi je serais ravie de payer les 138€ de redevance télé, ça les vaux bien. Et je vais même te dire un secret, si j’étais certaine de pouvoir guérir et ne plus souffrir ne serait-ce qu’une journée, je serais prête à payer bien plus. Car tu me parles d’argent, moi je te parle d’une vie.

Alors qu’est-ce qui vaux le plus pour toi ? Ta vie ? Ou une centaine d’euros ?

Qu’est-ce qui coûte le plus cher, une redevance télé ou une vie ?

A toi de choisir.